La maladie veineuse thromboembolique (MTEV) représente un enjeu majeur de santé publique en France. En France : 130 000 patients hospitalisés par an pour MTEV, avec 12 000 décès par an par Embolie Pulmonaire. Cette pathologie cardiovasculaire, qui englobe la thrombose veineuse profonde et l’embolie pulmonaire, nécessite une vigilance particulière, notamment chez les personnes âgées. Comprendre cette maladie, ses facteurs de risque et les moyens de la prévenir constitue un enjeu essentiel pour protéger votre santé.
Qu’est-ce que la maladie veineuse thromboembolique ?
La maladie thromboembolique veineuse correspond à la formation d’un thrombus (caillot) qui peut obstruer la circulation sanguine et dans certains cas migrer et provoquer une embolie pulmonaire. Cette pathologie regroupe deux manifestations cliniques distinctes mais étroitement liées.
La thrombose veineuse profonde (phlébite)
Les thromboses veineuses profondes (TVP ou thrombophlébites) sont liées à la formation d’un caillot dans une veine profonde, le plus souvent au niveau des membres inférieurs. La thrombose veineuse profonde (TVP), forme la plus fréquente représentant environ les deux tiers des cas issus des patients non hospitalisés.
Les thromboses veineuses se divisent en deux catégories selon leur localisation :
- TVP proximales : affectant les veines poplitées, fémorales, iliaques ou cave, présentant un risque élevé d’embolie pulmonaire
- TVP distales : touchant les veines jambières (tibiales et péronières), généralement moins graves
L’embolie pulmonaire : une complication redoutable
L’embolie pulmonaire est le plus souvent la complication d’une thrombose veineuse au niveau des jambes (phlébite) ou du bassin. Une fois formé, le thrombus peut se détacher ou se fractionner, migrer via la circulation sanguine notamment dans les artères pulmonaires et provoquer une embolie pulmonaire, complication aiguë et potentiellement fatale de la thrombose.
En France, en 2022, 48 489 personnes ont été hospitalisées pour embolie pulmonaire. L’embolie pulmonaire serait à l’origine d’environ 15 000 décès par an en France, principalement dans les cas sévères d’apparition brutale ou lorsque le diagnostic n’a pas été posé à temps.
Quels sont les symptômes à reconnaître rapidement ?
La reconnaissance précoce des symptômes est cruciale pour une prise en charge rapide et efficace de la MTEV.
Signes de la thrombose veineuse profonde
Les symptômes de la phlébite varient en intensité et peuvent parfois passer inaperçus :
- Douleur : au niveau du mollet ou de la cuisse, pouvant aller d’une simple gêne à une impotence fonctionnelle
- Œdème : gonflement ferme de la jambe, prenant peu le godet
- Changements cutanés : rougeur, chaleur locale, coloration bleutée dans les cas graves
- Lourdeur : sensation de pesanteur dans la jambe atteinte
Manifestations de l’embolie pulmonaire
L’embolie pulmonaire se caractérise par des symptômes respiratoires et cardiovasculaires :
- Essoufflement : dyspnée soudaine et inexpliquée
- Douleur thoracique : intensifiée à l’inspiration profonde
- Tachycardie : accélération du rythme cardiaque
- Toux : parfois accompagnée de crachats sanglants
- Malaise : vertiges, perte de conscience dans les cas sévères
C’est une urgence médicale qui peut parfois être mortelle. En présence de ces symptômes, contactez immédiatement le 15 (SAMU) ou rendez-vous aux urgences.
Facteurs de risque : êtes-vous concerné ?
La maladie veineuse thromboembolique est une maladie multifactorielle. Plusieurs facteurs peuvent augmenter significativement le risque de développer une MTEV.
Facteurs de risque majeurs
Facteurs majeurs : hospitalisation pendant une durée longue, chirurgie (notamment orthopédique ou liée à un cancer), cancer, immobilisation (alitement prolongé, plâtre, voyage de longue durée). 60% des accidents thrombotiques sont liés à une hospitalisation.
Les principales situations à risque incluent :
- Chirurgie majeure : particulièrement les interventions orthopédiques (prothèse de hanche ou genou)
- Cancer évolutif : le cancer et ses traitements occupent une place prépondérante
- Immobilisation prolongée : alitement, plâtre, paralysie
- Antécédents personnels : historique de thrombose veineuse
Facteurs de risque modérés et l’âge
Facteurs modérés : âge > 60 ans, antécédents familiaux de thrombose veineuse, hormones à base d’œstrogènes (contraception orale ou traitement hormonal de la ménopause).
L’incidence de maladie veineuse thromboembolique augmente avec l’âge, atteignant 12,5 pour 1 000 habitants de plus de 75 ans contre 5 pour 1 000 habitants de 60 à 75 ans. Après 70 ans, il faut multiplier le chiffre par 7. En cause : le vieillissement des vaisseaux, l’insuffisance veineuse, mais aussi le taux de facteurs de coagulation qui augmente avec l’âge, la mobilité qui diminue et la survenue d’autres maladies comme le cancer.
Autres facteurs contributifs
- Obésité : IMC supérieur ou égal à 30
- Grossesse et post-partum : particulièrement les deux premiers mois après l’accouchement
- Tabagisme
- Varices et insuffisance veineuse
- Thrombophilies : anomalies constitutionnelles de la coagulation
Comment diagnostique-t-on une MTEV ?
Le diagnostic repose sur une démarche structurée combinant évaluation clinique et examens complémentaires.
Évaluation clinique initiale
Le médecin évalue la probabilité clinique de MTEV en tenant compte des symptômes, des facteurs de risque et de l’examen physique. Des scores validés permettent de classifier le risque (faible, modéré ou élevé).
Examens biologiques
Dosage des D-dimères : Le taux est augmenté en cas d’embolie pulmonaire. Un test négatif permet généralement d’exclure le diagnostic en cas de probabilité clinique faible ou modérée.
Examens d’imagerie
Pour confirmer le diagnostic :
- Écho-Doppler veineux : examen de référence pour diagnostiquer une thrombose veineuse profonde
- Angioscanner thoracique : examen standard pour l’embolie pulmonaire, visualisant les caillots dans les artères pulmonaires
- Scintigraphie pulmonaire : alternative en cas de contre-indication au scanner
- Électrocardiogramme et radiographie thoracique : pour éliminer d’autres pathologies
Quels sont les traitements disponibles ?
Le traitement de l’EP et de la TVP repose sur l’utilisation d’anticoagulants à dose curative dont la durée et la molécule dépendent des circonstances déclenchantes et du terrain.
Anticoagulants : la pierre angulaire du traitement
Les nouveaux anticoagulants directs ont été approuvés pour cette indication et sont maintenant recommandés en 1ère intention.
Anticoagulants oraux directs (AOD) :
- Rivaroxaban, apixaban, edoxaban, dabigatran
- Prise orale simplifiée, sans nécessité de surveillance biologique régulière
- Efficacité supérieure à 98% avec un risque d’hémorragie grave inférieure à 1% sur base annuelle
Héparines de bas poids moléculaire (HBPM) :
- Administrées par injection sous-cutanée
- Utilisées en phase initiale ou chez certains patients (insuffisance rénale, grossesse, cancer)
Antivitamines K (AVK) :
- Warfarine, acénocoumarol
- Nécessitent une surveillance régulière de l’INR
- Utilisés en deuxième intention
Durée du traitement anticoagulant
Quel que soit le contexte clinique, une durée minimale de 3 mois de traitement anticoagulant en cas de TVP proximale et/ou d’embolie pulmonaire est recommandée.
La durée varie selon le contexte :
- Facteur déclenchant transitoire majeur : 3 mois suffisent généralement
- MTEV non provoquée : 6 mois minimum, parfois traitement prolongé après évaluation du rapport bénéfice/risque
- Cancer actif : anticoagulation prolongée tant que le cancer est évolutif
- Récidive : traitement au long cours souvent nécessaire
Autres traitements
Compression veineuse : Port de bas ou chaussettes de contention médicale pour prévenir le syndrome post-thrombotique.
Filtre cave : Pour empêcher la migration d’un caillot vers l’artère pulmonaire, on pose un filtre sur la veine cave en aval des veines rénales. Ce traitement est réservé aux patients qui présentent une contre-indication au traitement par anticoagulants.
Thrombolyse : Dans les cas d’embolie pulmonaire massive mettant en jeu le pronostic vital, un traitement pour dissoudre rapidement le caillot peut être nécessaire.
Remboursement des traitements anticoagulants
Les médicaments anticoagulants prescrits pour la MTEV figurent sur la liste des médicaments remboursables par l’Assurance Maladie. Le taux de remboursement varie selon le service médical rendu, généralement à 65% pour les anticoagulants. La part restante peut être prise en charge par votre mutuelle santé.
Pour les patients en affection de longue durée (ALD), certains traitements peuvent bénéficier d’une prise en charge à 100% par l’Assurance Maladie. Les anticoagulants oraux directs, bien que plus coûteux, sont désormais largement remboursés compte tenu de leur efficacité et de leur simplicité d’utilisation.
Une franchise médicale de 1€ par boîte de médicament est déduite du remboursement, plafonnée à 50€ par an. Le tiers payant est généralement applicable en pharmacie, vous évitant d’avancer les frais.
Comment prévenir la maladie thromboembolique veineuse ?
Il est préférable et plus sûr de prévenir la thrombose veineuse profonde que de la traiter, en particulier chez les patients à haut risque.
Prévention médicamenteuse
Dans les situations à risque (chirurgie, hospitalisation, immobilisation), une prophylaxie anticoagulante est systématiquement prescrite. Le traitement anticoagulant est nécessaire après une intervention chirurgicale, en cas d’alitement prolongé, lors d’un port de plâtre au niveau de la jambe par exemple.
Les options incluent :
- Héparine de bas poids moléculaire à dose préventive
- Fondaparinux
- Anticoagulants oraux directs à dose prophylactique
Mesures mécaniques de prévention
Elle repose sur le port de chaussettes, bas ou collants de compression, le lever précoce après chirurgie et éventuellement la prise d’anticoagulants à titre préventif.
Bas de contention : Favorisent le retour veineux et préviennent la stase sanguine. Ils doivent être adaptés à votre morphologie et portés correctement.
Mobilisation précoce : Le lever précoce avec marche est préconisé le plus tôt possible après l’intervention chirurgicale.
Conseils pratiques au quotidien
Pendant les voyages longs : Un voyage en avion, surtout s’il dépasse 6 heures, peut favoriser l’apparition d’une thrombose veineuse profonde chez les personnes à risque.
Mesures à adopter :
- Se lever régulièrement et marcher dans les couloirs
- Effectuer des exercices de flexion-extension des pieds et des chevilles
- S’hydrater abondamment
- Éviter l’alcool
- Porter des bas de contention si recommandé
- Pour les personnes à haut risque, une injection d’anticoagulant préventive peut être prescrite
Hygiène de vie :
- Maintenir une activité physique régulière
- Contrôler son poids
- Arrêter le tabac
- Traiter les varices
- Éviter les positions statiques prolongées
Complications et séquelles potentielles
Les complications à long terme de la MTEV sont le syndrome post-thrombotique en cas de TVP et le cœur pulmonaire chronique post-embolique en cas d’EP.
Syndrome post-thrombotique
Les séquelles obstructives, provoquées par la sclérose survenant pendant la phase chronique, peuvent provoquer l’obstruction veineuse au niveau des membres inférieurs, de l’abdomen ou du pelvis à l’origine du syndrome post-thrombotique.
Symptômes : douleur, lourdeur, œdème chronique, varices, dans les cas sévères ulcères de jambe.
Hypertension pulmonaire post-embolique
Au décours d’une EP, les séquelles pulmonaires sont à l’origine de dyspnée et peuvent aboutir à une hypertension pulmonaire thromboembolique chronique. Cette complication rare mais grave nécessite un suivi cardiologique spécialisé.
Risque de récidive
A l’arrêt du traitement anticoagulant prescrit pendant 3 à 6 mois pour une maladie thromboembolique veineuse, les récidives sont fréquentes, avoisinant 10 % à 1 an et 30 % à 5 ans. Une surveillance médicale régulière est essentielle.
Quand consulter en urgence ?
Contactez immédiatement le 15 (SAMU) ou rendez-vous aux urgences si vous présentez :
- Douleur thoracique soudaine avec essoufflement
- Difficulté respiratoire importante et brutale
- Malaise, vertiges, perte de connaissance
- Jambe brutalement gonflée, douloureuse et rouge
- Toux avec crachats de sang
Ces symptômes peuvent signaler une embolie pulmonaire ou une thrombose veineuse profonde nécessitant une prise en charge d’urgence.
Votre mutuelle santé et la prise en charge de la MTEV
Une bonne mutuelle santé pour seniors prend en charge :
- Le ticket modérateur : la part non remboursée par l’Assurance Maladie sur les consultations, examens et médicaments
- Les dépassements d’honoraires : en cas de consultation de spécialistes
- Les dispositifs médicaux : bas de contention sur prescription
- L’hospitalisation : forfait journalier, chambre particulière selon les garanties
Pour les seniors, il est recommandé de souscrire une mutuelle avec un bon niveau de remboursement sur les soins courants et l’hospitalisation. Comparez les offres pour trouver celle qui correspond le mieux à vos besoins et à votre budget. Les garanties renforcées en hospitalisation sont particulièrement utiles en cas de complication nécessitant un séjour hospitalier.
Vivre avec un traitement anticoagulant au long cours
Si vous devez suivre un traitement anticoagulant prolongé :
Surveillance médicale : Consultations régulières, contrôles biologiques (INR pour les AVK), réévaluation annuelle du rapport bénéfice/risque.
Précautions au quotidien :
- Signaler votre traitement à tous les professionnels de santé consultés
- Éviter l’automédication, particulièrement les anti-inflammatoires (AINS)
- Attention aux interactions médicamenteuses
- Surveillance des signes de saignement anormal
- Port d’une carte mentionnant votre traitement anticoagulant
Alimentation : Pour les patients sous AVK, maintenir un apport stable en vitamine K (légumes verts). Les AOD ne nécessitent pas de restriction alimentaire particulière.
Passez à l’action pour votre santé veineuse
La maladie veineuse thromboembolique est une pathologie sérieuse mais largement évitable et traitable. La reconnaissance précoce des symptômes, la connaissance de vos facteurs de risque et l’adoption de mesures préventives constituent vos meilleurs atouts.
Vos actions prioritaires :
- Évaluez vos facteurs de risque personnels avec votre médecin traitant
- Adoptez les mesures de prévention adaptées à votre situation
- Restez vigilant aux symptômes évocateurs nécessitant une consultation urgente
- Si vous avez déjà eu une MTEV, respectez scrupuleusement votre traitement et votre suivi médical
- Vérifiez que votre mutuelle santé offre une couverture adaptée pour les traitements au long cours
N’hésitez pas à discuter avec votre médecin de toute question concernant votre risque thromboembolique, particulièrement avant une chirurgie, un voyage prolongé ou en cas d’immobilisation. Une prévention adaptée peut vous éviter des complications graves et préserver votre qualité de vie.