Chaque année en France, 300 000 cas de thrombose veineuse profonde sont diagnostiqués, touchant principalement les personnes de plus de 60 ans. La phlébite, également appelée thrombose veineuse, se caractérise par la formation d’un caillot sanguin dans une veine, bloquant partiellement ou totalement la circulation sanguine. Cette pathologie cardiovasculaire nécessite une prise en charge médicale urgente, car elle peut entraîner des complications potentiellement mortelles comme l’embolie pulmonaire.
Pour les seniors, connaître les symptômes et comprendre l’importance d’une intervention rapide peut littéralement sauver des vies. Cet article vous explique tout ce que vous devez savoir sur cette affection grave mais traitable.
Qu’est-ce que la phlébite et pourquoi est-elle dangereuse ?
La phlébite ou thrombophlébite est provoquée par la formation d’un caillot sanguin dans une veine, bloquant partiellement ou complètement le passage du sang. Ce caillot, appelé thrombus, provoque une inflammation de la paroi veineuse et perturbe le retour du sang vers le cœur.
Les deux types de phlébite
Il existe deux formes distinctes de thrombose veineuse :
- La phlébite superficielle (paraphlébite) : Elle touche une veine située sous la surface de la peau. Cette forme de thrombose est douloureuse mais habituellement sans gravité. Elle se manifeste souvent au niveau d’une varice.
- La phlébite profonde (thrombose veineuse profonde) : Elle concerne la formation d’un caillot sanguin dans une veine de gros diamètre, dans les jambes, les bras, l’abdomen. La thrombose veineuse profonde est une urgence médicale en raison du risque d’embolie pulmonaire.
Le risque d’embolie pulmonaire
La complication la plus redoutée de la phlébite profonde est l’embolie pulmonaire. Dans 20 % des cas, la thrombose veineuse profonde est à l’origine d’une embolie pulmonaire. Le caillot se détache de la paroi veineuse, remonte avec le sang vers le cœur, puis se retrouve propulsé dans les artères pulmonaires où il reste bloqué, provoquant des dommages au niveau du poumon.
L’embolie pulmonaire est responsable de 10 000 à 20 000 décès par an en France, ce qui souligne l’importance d’un diagnostic et d’un traitement rapides.
Comment reconnaître les symptômes d’une phlébite ?
Savoir identifier les signes d’une phlébite peut sauver votre vie ou celle d’un proche. Les symptômes varient selon le type de thrombose.
Signes de la phlébite superficielle
La paraphlébite se manifeste par un cordon douloureux et chaud au niveau d’une varice. La zone concernée est douloureuse, rouge et indurée, sous forme d’un cordon chaud et rouge.
Symptômes de la phlébite profonde
Les symptômes de la phlébite profonde sont inconstants. Ils associent douleur, lourdeur du mollet et gonflement. Plus précisément, vous pouvez observer :
- Douleur au mollet : La douleur du mollet n’est présente que dans 60 % des cas, spontanément ou lors de sa palpation, et se propage dans toute la jambe
- Œdème (gonflement) : Particulièrement marqué au niveau de la cheville et du pied
- Changement de couleur : Rougeur ou coloration bleuâtre de la peau
- Sensation de chaleur au niveau de la zone touchée
- Augmentation du volume du mollet ou de la jambe affectée
- Fièvre légère parfois présente
Important : Il arrive que la thrombose veineuse soit totalement asymptomatique et elle est découverte au cours du bilan d’une embolie pulmonaire. C’est pourquoi il ne faut jamais minimiser les signes, même discrets.
Signes d’urgence absolue : l’embolie pulmonaire
Si vous présentez l’un de ces symptômes, appelez les secours d’urgence, le 15 ou le 112 immédiatement :
- Essoufflement soudain ou difficulté à respirer
- Douleur thoracique brutale
- Toux avec crachats sanglants
- Malaise ou perte de connaissance
- Accélération du rythme cardiaque
Quels sont les facteurs de risque de la phlébite chez les seniors ?
La thrombose veineuse est une pathologie fréquente, en particulier chez le sujet âgé de plus de 75 ans où l’incidence annuelle est estimée à 5 pour mille. Les autres facteurs de risque acquis majeurs sont la chirurgie, l’existence d’un cancer, une réduction de l’autonomie (institutionnalisation, immobilisation ou paralysie) et l’existence d’un antécédent personnel thrombotique veineux.
Facteurs de risque majeurs
- Âge : Le risque de thrombose veineuse profonde augmente particulièrement au-delà de 75 ans
- Immobilisation prolongée : Alitement de plus de 3 jours, plâtre, long voyage en avion
- Chirurgie récente : Notamment orthopédique (hanche, genou) ou abdominale
- Cancer actif : Particulièrement les cancers du poumon, pancréas, estomac
- Antécédent de phlébite : Le risque de récidive est important
- Insuffisance cardiaque ou respiratoire
Facteurs de risque modérés
- Insuffisance veineuse et présence de varices
- Obésité : L’obésité, notamment parce qu’elle recouvre souvent une sédentarité, est un facteur favorisant
- Traitement hormonal : Chez les femmes, les facteurs hormonaux (grossesse, contraception orale et estrogénothérapie orale de la ménopause) sont responsables de la majorité des thromboses veineuses
- Tabagisme
- Déshydratation : Chez les adultes plus âgés, une déshydratation favorise souvent la coagulation du sang
- Maladies auto-immunes (lupus, polyarthrite rhumatoïde)
Diagnostic de la phlébite : des examens rapides et fiables
Face à une suspicion de phlébite, le diagnostic doit être établi en urgence pour éviter les complications.
L’examen clinique
En cas de phlébite superficielle, le diagnostic est fait lors de l’examen, mais un écho-doppler veineux est utile pour éliminer l’existence d’une phlébite profonde associée, présente une fois sur quatre.
Pour la phlébite profonde, les symptômes ne permettent pas de diagnostiquer de façon certaine. Le médecin traitant est amené à prescrire des examens complémentaires.
Le dosage des D-dimères
C’est la recherche de produits de dégradation de la fibrine, qui est le principal constituant du caillot. Un résultat négatif permet d’éliminer rapidement le diagnostic de phlébite. En cas de résultat positif, le diagnostic doit toujours être confirmé par un écho-doppler veineux.
L’écho-doppler veineux
C’est l’examen de référence pour confirmer le diagnostic. Le diagnostic va être suspecté devant des symptômes et un contexte évocateur. Il est confirmé par la réalisation d’un écho-Doppler veineux. Cet examen indolore permet de visualiser le caillot et d’évaluer son étendue.
Traitements de la phlébite : une urgence thérapeutique
Le traitement d’une phlébite est indispensable et il est urgent lorsque la phlébite est profonde. Le traitement fait appel aux anticoagulants et la compression veineuse médicale.
Les anticoagulants : traitement de première ligne
Lorsqu’une phlébite profonde est diagnostiquée, un traitement par anticoagulants doit être débuté dès que possible. Les objectifs sont multiples :
- Empêcher l’extension du caillot
- Prévenir l’embolie pulmonaire
- Éviter les récidives
- Prévenir la maladie post-phlébitique
Protocole de traitement anticoagulant
En général, le traitement commence par des injections d’héparine ou de fondaparinux d’action immédiate. Au bout de quelques jours, la prise de comprimés d’antivitamines K ou d’un anti-coagulant oral direct prend le relais des injections pendant plusieurs mois.
Les différentes options incluent :
- Héparine de bas poids moléculaire (HBPM) : Injections sous-cutanées quotidiennes pendant 5 à 7 jours
- Antivitamines K (AVK) : Warfarine, acénocoumarol – nécessitent une surveillance régulière par prises de sang (INR)
- Anticoagulants oraux directs (AOD) : Rivaroxaban, apixaban, dabigatran – plus pratiques car sans surveillance biologique régulière
Durée du traitement
En cas de thrombose veineuse profonde ou d’embolie pulmonaire, une durée minimale de 3 mois de traitement anticoagulant est recommandée. La prolongation du traitement au-delà de ces 3 mois est décidée en fonction du risque de récidive.
La durée varie selon les situations :
- 3 à 6 mois pour une première phlébite avec facteur déclenchant identifié
- 6 mois minimum pour une phlébite sans facteur déclenchant
- Traitement prolongé voire à vie en cas de récidive ou de cancer actif
La compression veineuse médicale
La compression veineuse permet d’améliorer le drainage veineux et de limiter la pression veineuse, prévenant ainsi l’extension ou la récidive du caillot, réduisant le gonflement, l’inflammation et la douleur.
Le port de bas de contention est recommandé dès le diagnostic et pendant au moins 3 mois, parfois plus longtemps selon les cas.
Reprise de l’activité physique
Il est indispensable de rétablir la marche du patient le plus vite possible, dès qu’un traitement anticoagulant a été débuté. La marche favorise le drainage veineux, grâce aux muscles du mollet, réduisant la congestion et l’extension du caillot.
Prévention de la phlébite : conseils pratiques pour les seniors
La prévention des phlébites profondes est indispensable. Elle repose sur le port de chaussettes, bas ou collants de compression, le lever précoce après chirurgie et éventuellement la prise d’anticoagulants à titre préventif.
Mesures préventives au quotidien
- Rester actif : Marchez régulièrement, évitez de rester assis ou debout de manière prolongée
- Hydratation : Buvez suffisamment d’eau, surtout par temps chaud
- Surélever les jambes : En position allongée, surélevez vos jambes avec un coussin
- Exercices de mobilisation : Faites des flexions-extensions des chevilles, surtout en position assise prolongée
- Maintenir un poids santé pour réduire la pression sur les veines
- Arrêter le tabac qui favorise les troubles de la coagulation
Prévention lors des voyages
Lors de longs trajets en avion ou en voiture :
- Portez des bas de contention adaptés
- Buvez régulièrement (1 litre d’eau pour 6 heures de vol)
- Levez-vous et marchez toutes les 2 heures
- Faites des mouvements de flexion-extension des chevilles toutes les 30 minutes
Prévention en milieu hospitalier
Si vous êtes hospitalisé ou devez subir une intervention chirurgicale, lorsqu’il existe un antécédent de phlébite ou dans certaines situations particulièrement à risque, un traitement anticoagulant préventif par injection d’héparine sera effectué.
Traitement des varices
Le traitement des varices évite la survenue de phlébites superficielles. Si vous avez des varices, faites-les soigner pour prévenir la survenue d’une paraphlébite.
Vivre avec un traitement anticoagulant : précautions essentielles
Si vous êtes sous anticoagulants, certaines précautions sont indispensables pour votre sécurité.
Règles de vie quotidienne
Prenez bien les doses de médicament prescrites ; ne prenez aucun médicament sans en parler à votre médecin ; signalez la prise d’anticoagulants à tous les professionnels de santé ; prenez rendez-vous avec votre médecin devant tout signe vous faisant craindre une hémorragie. Ne pratiquez pas de sport violent ni de travaux dangereux.
Surveillance et signes d’alerte
Contactez immédiatement votre médecin ou le 15 en cas de :
- Saignement des gencives persistant
- Hématomes importants ou spontanés
- Sang dans les urines ou les selles
- Saignement de nez prolongé
- Chute avec traumatisme crânien
Suivi médical régulier
Lors du traitement par antivitamines K, des prises de sang régulières de surveillance sont indispensables pour doser l’INR. Le traitement par anticoagulant oral nécessite une vigilance particulière pour prévenir certains risques d’interactions entre médicaments ou avec certains aliments.
Accompagnement par votre pharmacien
Vous pouvez bénéficier de l’accompagnement du pharmacien de votre choix. Ce dernier vous donne des conseils sur le bon usage de vos médicaments en tenant compte de vos habitudes de vie. Cet accompagnement personnalisé, confidentiel et gratuit peut vous aider à mieux gérer votre traitement au quotidien.
Prise en charge financière : remboursements Sécurité sociale et mutuelle
La phlébite nécessite des soins coûteux : consultations spécialisées, examens, traitements anticoagulants, bas de contention. Heureusement, une prise en charge existe.
Remboursement des consultations et examens
Les consultations médicales, l’écho-doppler et les analyses biologiques sont remboursés par l’Assurance Maladie selon les tarifs conventionnels. Votre mutuelle senior complète ces remboursements selon votre niveau de garanties, notamment pour les dépassements d’honoraires des médecins spécialistes.
Remboursement des anticoagulants
Les médicaments anticoagulants prescrits dans le cadre d’une phlébite sont remboursés par l’Assurance Maladie. Le taux varie selon le service médical rendu, généralement entre 65% et 100% du tarif de base.
Remboursement des bas de contention
Seuls les bas de contention prescrits par un professionnel de santé peuvent faire l’objet d’un remboursement. Ces dispositifs médicaux sont utilisés pour traiter ou prévenir des troubles tels que l’insuffisance veineuse, les œdèmes, ou encore les phlébites.
La Sécurité sociale rembourse à hauteur de 60% du tarif de base. Les mutuelles santé jouent un rôle d’appoint essentiel pour couvrir une partie ou la totalité des coûts restants liés aux bas de contention. Selon votre contrat, le remboursement peut atteindre 100% voire 200% du tarif de convention, réduisant considérablement votre reste à charge.
L’Assurance Maladie autorise le remboursement de maximum 8 paires par an sur prescription médicale.
Choisir une mutuelle adaptée aux seniors
Pour les seniors souffrant de problèmes vasculaires ou présentant des facteurs de risque, il est essentiel de choisir une mutuelle offrant :
- Un bon remboursement des spécialistes (phlébologues, angiologues)
- Une prise en charge optimale des dispositifs médicaux (bas de contention)
- Des garanties hospitalisation renforcées en cas de complication
- Un forfait transport si nécessaire pour les suivis réguliers
Complications et séquelles possibles de la phlébite
Le syndrome post-thrombotique
Après une phlébite profonde, des séquelles peuvent persister : douleurs, lourdeur, œdème chronique, pigmentation de la peau. Le risque de survenue d’un syndrome post thrombotique est limité si le traitement est mis en route rapidement et que le suivi est adapté.
Le port prolongé de bas de contention et une activité physique régulière permettent de limiter ces complications.
Risque de récidive
À l’arrêt du traitement anticoagulant prescrit pendant 3 à 6 mois, les récidives sont fréquentes, avoisinant 10 % à 1 an et 30 % à 5 ans. C’est pourquoi il est crucial de poursuivre la prévention après l’arrêt du traitement et d’informer tous vos médecins de cet antécédent.
Agissez rapidement : votre vie en dépend
La phlébite est une urgence médicale qui ne doit jamais être prise à la légère. Les seniors sont particulièrement à risque en raison de l’âge, des comorbidités et de la réduction de mobilité fréquente.
Retenez ces points essentiels :
- Toute douleur au mollet accompagnée d’un gonflement justifie une consultation rapide
- L’écho-doppler est l’examen de référence pour confirmer le diagnostic
- Les anticoagulants doivent être débutés en urgence pour éviter l’embolie pulmonaire
- La prévention repose sur l’activité physique, l’hydratation et le port de bas de contention en situation à risque
- Une mutuelle senior adaptée permet de réduire considérablement vos dépenses de santé
N’attendez jamais pour consulter en cas de symptômes évocateurs. Avec un traitement précoce et approprié, la plupart des phlébites se soignent sans séquelles. Votre vigilance et votre réactivité sont vos meilleurs atouts pour préserver votre santé cardiovasculaire.