La thrombose veineuse, également appelée phlébite, représente une préoccupation majeure de santé publique en France. Chaque année, environ 300 000 cas de thrombose veineuse profonde sont diagnostiqués dans notre pays. Cette pathologie, qui se manifeste par la formation d’un caillot sanguin dans une veine, peut avoir des conséquences graves si elle n’est pas détectée et traitée rapidement.
Pour les seniors, la vigilance est particulièrement importante. L’incidence de maladie veineuse thromboembolique augmente avec l’âge, atteignant 12,5 pour 1 000 habitants de plus de 75 ans contre 5 pour 1 000 habitants de 60 à 75 ans. Comprendre cette maladie, reconnaître ses symptômes et connaître les moyens de prévention constituent des enjeux essentiels pour préserver votre qualité de vie.
Qu’est-ce que la thrombose veineuse et comment se manifeste-t-elle ?
Une thrombose veineuse correspond à un caillot de sang qui se forme dans une veine. Ce caillot, appelé thrombus, obstrue partiellement ou totalement la circulation sanguine dans le vaisseau concerné.
Les deux types principaux de thrombose
On distingue deux formes de thrombose selon la localisation du caillot :
- La thrombose veineuse profonde (TVP) : Le caillot se situe dans une veine profonde, le plus souvent au niveau des membres inférieurs. Cette forme est la plus préoccupante en raison du risque de complications graves.
- La thrombose veineuse superficielle : Le caillot se forme dans une veine superficielle et est généralement bénigne mais peut provoquer des problèmes cutanés.
Où se forme le caillot ?
Dans 90% des cas, la thrombose touche le mollet et la cuisse. Les veines profondes des jambes constituent la localisation la plus fréquente, mais la thrombose peut également survenir dans d’autres régions comme le bassin, les bras ou même le cerveau.
Reconnaître les symptômes d’alerte de la thrombose
La détection précoce d’une thrombose est cruciale pour éviter les complications. Malheureusement, la triade de symptômes typiquement associée à la thrombose veineuse (rougeur, œdème, douleur au niveau de la jambe ou du mollet) n’est pas systématiquement présente, ni très spécifique.
Les signes caractéristiques à surveiller
Soyez attentif aux manifestations suivantes :
- Douleur au mollet ou à la jambe : Sensation de lourdeur, crampes persistantes ou douleur qui s’intensifie à la marche
- Gonflement (œdème) : La jambe peut présenter un gonflement, une douleur et une rougeur au niveau des membres affectés
- Chaleur locale : La zone touchée peut être plus chaude au toucher
- Modification de la couleur de la peau : Rougeur ou coloration bleuâtre de la peau
- Veines superficielles visibles : Les veines peuvent devenir plus apparentes sur la jambe atteinte
Quand consulter en urgence ?
Certains symptômes doivent vous alerter immédiatement et nécessitent un appel au 15 (SAMU) :
- Douleur thoracique soudaine
- Essoufflement brutal ou difficulté à respirer
- Toux avec crachats sanglants
- Malaise, sensation d’évanouissement
- Accélération anormale du rythme cardiaque
Ces symptômes peuvent indiquer une embolie pulmonaire, complication grave de la thrombose qui nécessite une prise en charge d’urgence.
Quels sont les facteurs de risque après 60 ans ?
L’âge est un facteur de risque de maladie thromboembolique veineuse. La morbi-mortalité liée à l’embolie pulmonaire et à la thrombose veineuse profonde est importante chez les patients âgés.
Facteurs de risque majeurs chez les seniors
Parmi les facteurs majeurs : hospitalisation pendant une durée longue, chirurgie (notamment orthopédique ou liée à un cancer), cancer, immobilisation (alitement prolongé, plâtre, voyage de longue durée).
Les situations à risque élevé incluent :
- Immobilisation prolongée : Alitement suite à une fracture, hospitalisation, port d’un plâtre
- Chirurgie orthopédique : Prothèse de hanche ou de genou
- Cancer actif : La maladie et ses traitements augmentent significativement le risque
- Insuffisance cardiaque ou respiratoire : Ces pathologies chroniques favorisent la stase veineuse
Facteurs de risque modérés
Les facteurs modérés comprennent l’âge supérieur à 60 ans, les antécédents familiaux de thrombose veineuse, et les hormones à base d’œstrogènes.
Autres éléments à prendre en compte :
- Obésité et surpoids
- Varices et insuffisance veineuse
- Tabagisme actif
- Antécédents personnels de thrombose
- Certaines maladies auto-immunes
- Voyages prolongés en position assise (avion, voiture)
Pourquoi le risque augmente-t-il avec l’âge ?
Après 70 ans, il faut multiplier le chiffre par 7. En cause : le vieillissement des vaisseaux, l’insuffisance veineuse, mais aussi le taux de facteurs de coagulation qui augmente avec l’âge, la mobilité qui diminue et la survenue d’autres maladies comme le cancer.
Comment diagnostique-t-on une thrombose veineuse ?
Le diagnostic de thrombose nécessite des examens complémentaires pour confirmer la présence d’un caillot et évaluer sa gravité.
Les examens diagnostiques essentiels
1. Le dosage des D-dimères : La recherche des D-Dimères sert à détecter l’existence d’un caillot. Si le test est négatif et qu’il n’y a aucun facteur de risque, on peut conclure qu’il n’y a pas de caillot de sang. Si le test est positif, il indique peut-être une thrombose.
2. L’écho-doppler veineux : L’écho-doppler des membres inférieurs reste l’imagerie diagnostique de premier choix. Cet examen non invasif visualise les veines et détecte la présence du caillot, sa localisation et son étendue.
3. Score de probabilité clinique : Avant tout examen, le médecin évalue la probabilité de thrombose selon des scores validés (Wells, Constans) qui prennent en compte vos symptômes et facteurs de risque.
Stratégie diagnostique en pratique
La démarche suit généralement ces étapes :
- Évaluation clinique et calcul du score de probabilité
- Dosage des D-dimères si probabilité faible ou intermédiaire
- Écho-doppler veineux si D-dimères positifs ou probabilité élevée
- Recherche d’une éventuelle embolie pulmonaire associée si nécessaire
Quels traitements pour soigner la thrombose ?
La prise en charge thérapeutique vise plusieurs objectifs : empêcher l’extension du caillot, prévenir l’embolie pulmonaire et éviter les récidives.
Les anticoagulants : traitement de référence
Toutes les personnes atteintes de thrombose veineuse profonde reçoivent des anticoagulants. Ces médicaments, souvent appelés « fluidifiants sanguins », empêchent la formation de nouveaux caillots et l’extension de ceux existants.
Phase initiale (premiers jours) :
- Héparines de bas poids moléculaire (HBPM) : Injections sous-cutanées quotidiennes (Lovenox®, Innohep®, Fragmine®)
- Fondaparinux : Alternative aux HBPM, injection quotidienne
- Anticoagulants oraux directs (AOD) : Dans certains cas, peuvent être débutés d’emblée
Traitement au long cours :
Il s’agit de Xarelto® (rivaroxaban), Pradaxa® (dabigatran) et Eliquis® (apixaban), qui constituent les anticoagulants oraux directs disponibles. Les antivitamines K (AVK) comme la Coumadine® ou le Préviscan® restent également utilisés.
Durée du traitement anticoagulant
La durée varie selon plusieurs critères :
- Thrombose provoquée (facteur déclenchant identifié) : Un traitement anticoagulant de 3 mois est recommandé
- Thrombose non provoquée ou récidivante : Traitement prolongé de 6 mois à plusieurs années selon l’évaluation du risque hémorragique
- Thrombose associée à un cancer : Minimum 6 mois pendant et après le traitement anti-cancéreux
Les bas de contention : complément indispensable
Le port de chaussettes, de bas ou de collants de contention est indispensable dès que le diagnostic de thrombose veineuse est posé. La contention élastique, qui doit être portée pendant au moins 3 mois, permet de diminuer les symptômes et les risques de complications.
Les bas de contention de classe 2 ou 3 (sur prescription médicale) :
- Réduisent le gonflement et la douleur
- Améliorent le retour veineux
- Préviennent le syndrome post-thrombotique
- Sont remboursés par l’Assurance Maladie sur prescription
Suivi médical et surveillance
Le traitement par anticoagulants impose un suivi médical strict et régulier. La régularité est nécessaire pour détecter l’existence ou l’apparition de maladies associées à un risque de saignement.
Le suivi comprend :
- Examens biologiques réguliers (INR pour les AVK)
- Surveillance de la fonction rénale et hépatique
- Évaluation du risque hémorragique
- Réévaluation annuelle de la nécessité de poursuivre le traitement
L’embolie pulmonaire : complication grave à connaître
Lorsque la thrombose concerne une veine de gros diamètre, cette maladie est grave par ses complications, en particulier l’embolie pulmonaire qui peut entraîner la mort.
Qu’est-ce qu’une embolie pulmonaire ?
L’embolie pulmonaire est l’obstruction d’une artère pulmonaire ou de l’une de ses branches, en général par un caillot de sang. Elle provoque des dommages au niveau du poumon atteint et la partie lésée ne peut plus fournir d’oxygène à l’organisme.
Fréquence et gravité
L’embolie pulmonaire est responsable de 10 à 20 000 décès chaque année en France. Dans 20% des cas, la thrombose veineuse profonde est à l’origine d’une embolie pulmonaire.
En 2022, 48 489 personnes ont été hospitalisées pour embolie pulmonaire en France, illustrant l’ampleur de cette complication.
Symptômes d’urgence de l’embolie pulmonaire
Appelez immédiatement le 15 si vous présentez :
- Essoufflement brutal et intense
- Douleur thoracique aiguë, surtout à l’inspiration
- Toux avec expectoration sanglante
- Palpitations cardiaques
- Malaise, vertiges ou perte de connaissance
- Angoisse intense inexpliquée
Pronostic avec traitement
Dans la vaste majorité des cas, une embolie pulmonaire diagnostiquée et traitée à temps ne met pas en danger la vie du patient. Le traitement rapide est donc crucial pour un bon pronostic.
Prévention : comment réduire votre risque de thrombose ?
La prévention est essentielle, particulièrement si vous présentez des facteurs de risque ou si vous avez déjà eu une thrombose.
Mesures préventives au quotidien
Restez actif physiquement :
- Marchez au moins 30 minutes par jour
- Évitez la station assise ou debout prolongée
- Pratiquez des exercices de flexion-extension des chevilles régulièrement
- Reprenez rapidement la marche après une intervention chirurgicale
Adoptez une bonne hygiène de vie :
- Maintenez un poids santé
- Arrêtez le tabac, facteur de risque majeur
- Hydratez-vous suffisamment (1,5 à 2 litres d’eau par jour)
- Évitez les vêtements trop serrés qui compriment les jambes
Prévention lors de situations à risque
Voyages prolongés : Une station assise prolongée (voyage) plus de 6 heures augmente le risque de TVP et d’embolie pulmonaire. Les patients ayant un antécédent doivent être traités par HBPM à dose préventive et porter une contention veineuse.
Conseils pour les longs trajets :
- Levez-vous et marchez toutes les 2 heures
- Faites des mouvements de flexion des pieds et des chevilles
- Portez des bas de contention de voyage
- Buvez régulièrement de l’eau, évitez l’alcool
Hospitalisation et chirurgie : 60% des accidents thrombotiques sont liés à une hospitalisation. Une prévention systématique par injections d’héparine et bas de contention est mise en place dans les situations à haut risque.
Surveillance si vous êtes à risque
Si vous présentez des facteurs de risque multiples, discutez avec votre médecin de :
- L’opportunité d’un traitement préventif par anticoagulants dans certaines situations
- La nécessité de porter des bas de contention
- L’adaptation de vos traitements habituels
- La surveillance particulière en cas d’intervention prévue
Vivre avec un antécédent de thrombose : le syndrome post-thrombotique
20 à 50% des phlébites vont engendrer un syndrome post-phlébitique (douleur locale, œdème, inflammation…) malgré les traitements. Ce syndrome s’explique par l’altération de la paroi veineuse et la formation d’un tissu fibreux cicatriciel.
Symptômes du syndrome post-thrombotique
Cette complication à long terme peut se manifester par :
- Sensation de jambes lourdes persistante
- Gonflement chronique de la jambe
- Douleurs à la marche
- Modifications cutanées (pigmentation, eczéma)
- Dans les formes sévères, ulcères veineux
Prévenir le syndrome post-thrombotique
Pour réduire ce risque :
- Portez vos bas de contention conformément à la prescription (souvent 2 ans)
- Maintenez une activité physique régulière
- Évitez les stations prolongées debout ou assises
- Surveillez votre poids
- Consultez rapidement en cas de nouveaux symptômes
Prise en charge par votre mutuelle santé
La thrombose veineuse et ses traitements bénéficient d’une prise en charge par l’Assurance Maladie et votre complémentaire santé.
Remboursements de l’Assurance Maladie
Sont pris en charge à 100% dans le cadre de l’ALD (Affection Longue Durée) :
- Les consultations de suivi
- Les examens biologiques (INR, D-dimères)
- Les examens d’imagerie (écho-doppler)
- Les traitements anticoagulants
Rôle de votre mutuelle senior
Votre complémentaire santé intervient pour :
- Les bas de contention : Remboursement du ticket modérateur et éventuel dépassement
- Les consultations spécialisées : Prise en charge des dépassements d’honoraires
- Les actes de prévention : Certaines mutuelles proposent des forfaits prévention
- L’hospitalisation : Chambre particulière, confort, forfait journalier
Vérifiez auprès de votre mutuelle les garanties spécifiques pour les pathologies cardiovasculaires et n’hésitez pas à comparer les offres pour optimiser votre protection santé.
Passez à l’action pour votre santé veineuse
La thrombose veineuse est une pathologie sérieuse mais dont les complications peuvent être évitées par une détection précoce et un traitement adapté. La prise en charge de la thrombose est indispensable : elle permet non seulement de limiter les conséquences de l’épisode thrombotique, mais de réduire aussi le risque de récidive.
Points clés à retenir
- Le risque de thrombose augmente significativement avec l’âge, particulièrement après 75 ans
- Douleur, gonflement et rougeur de la jambe doivent vous alerter
- Le traitement anticoagulant est efficace mais nécessite un suivi rigoureux
- La prévention passe par l’activité physique régulière et la vigilance dans les situations à risque
- L’embolie pulmonaire est une urgence vitale nécessitant un appel immédiat au 15
Votre plan d’action personnalisé
Si vous n’avez jamais eu de thrombose :
- Identifiez vos facteurs de risque avec votre médecin
- Adoptez un mode de vie préventif (activité physique, arrêt du tabac)
- Restez vigilant lors de situations à risque (voyages, hospitalisation)
- Vérifiez votre couverture santé pour optimiser les remboursements
Si vous avez un antécédent de thrombose :
- Suivez scrupuleusement votre traitement anticoagulant
- Portez vos bas de contention selon la prescription
- Réalisez les contrôles biologiques réguliers
- Consultez rapidement en cas de nouveaux symptômes
- Informez tous vos soignants de votre antécédent
Votre médecin traitant reste votre interlocuteur privilégié pour adapter la prévention et le suivi à votre situation personnelle. N’hésitez pas à lui faire part de vos questions et préoccupations concernant cette pathologie.
Sources médicales : Inserm, Vidal, Assurance Maladie (Ameli.fr), Société Française de Médecine Vasculaire, Haute Autorité de Santé. Article mis à jour le 30 novembre 2025 par le Dr. Laurence Petit, Médecin Gériatre au CHU de Montpellier.