L’hypertension artérielle (HTA) est devenue une préoccupation majeure de santé publique en France. Près de 17 millions de Français souffrent de cette pathologie chronique, et pourtant, environ 6 millions ignorent leur état pathologique. Cette maladie silencieuse mérite toute votre attention, car ses conséquences peuvent être graves si elle n’est pas contrôlée.
Dans ce guide complet, le Dr. Laurence Petit, médecin gériatre au CHU de Montpellier, vous explique tout ce qu’il faut savoir sur l’hypertension artérielle : de sa définition à sa prise en charge, en passant par les symptômes et les traitements disponibles.
Qu’est-ce que l’hypertension artérielle exactement ?
L’hypertension artérielle correspond à une augmentation anormale de la pression du sang sur la paroi des artères. Pour comprendre ce phénomène, imaginez votre système cardiovasculaire comme un réseau de tuyaux dans lequel le cœur propulse le sang. Lorsque la pression exercée sur les parois de ces « tuyaux » est trop élevée de manière prolongée, on parle d’hypertension.
Comment mesure-t-on la tension artérielle ?
La pression artérielle est évaluée par deux valeurs : la première correspond à la pression au moment de la contraction du cœur (pression systolique ou maximale), la deuxième correspond au relâchement du cœur (pression diastolique ou minimale).
On parle d’hypertension artérielle si l’on constate, à plusieurs reprises, que le premier chiffre est égal ou supérieur à 14 cmHg (140 mmHg) quel que soit le second chiffre, ou que le second chiffre est égal ou supérieur à 9 cmHg (90 mmHg), quel que soit le premier chiffre.
Les chiffres clés à retenir
- Tension normale : inférieure à 120/80 mmHg
- Tension élevée : entre 120-139 / 80-89 mmHg
- Hypertension : égale ou supérieure à 140/90 mmHg
Important : Une seule prise de tension ne suffit pas à porter ce diagnostic. Des chiffres élevés lors d’une mesure ne signifient pas nécessairement que vous avez une hypertension artérielle permanente.
Pourquoi l’appelle-t-on le « tueur silencieux » ?
L’hypertension artérielle est la maladie cardiovasculaire la plus fréquente et constitue la première pathologie chronique en France. On estime qu’un adulte sur trois est touché. Sa dangerosité réside dans son caractère insidieux.
Une maladie qui progresse sans symptômes
Le plus souvent, elle ne donne aucun signe clinique et on la découvre lors d’une consultation pour un autre motif. L’hypertension artérielle survient sans provoquer de symptômes. Voilà pourquoi tant de personnes ignorent en être atteintes.
L’hypertension étant le plus souvent silencieuse, de nombreuses personnes ignorent qu’elles sont touchées. Seule une personne hypertendue sur deux aurait connaissance de son hypertension.
Des statistiques alarmantes
Les données de Santé publique France révèlent des chiffres préoccupants :
- En France, en 2017, près de 12 millions de Français étaient traités pour HTA, mais 20% des personnes hypertendues ne prennent pas de traitement anti-hypertenseur
- 50% des personnes traitées le sont insuffisamment et gardent des chiffres de tension artérielle trop élevés
- Le risque d’hypertension artérielle augmente avec l’âge et atteint 40% des personnes à 65 ans et 90% à 85 ans
Quels sont les symptômes et signes d’alerte ?
Même si l’hypertension est généralement silencieuse, certains symptômes peuvent parfois apparaître, surtout lorsque la tension est très élevée.
Les symptômes possibles (mais rares)
Les symptômes peuvent être des maux de tête, des vertiges, des bourdonnements d’oreille, des troubles de la vision, ou des saignements de nez. Parfois, des maux de tête, une nervosité, des insomnies ou la survenue d’une complication conduisent au diagnostic.
Les situations d’urgence
Les pressions artérielles très élevées peuvent causer des maux de tête, une vision floue, des douleurs thoraciques et d’autres symptômes. Si vous présentez ces signes avec une tension très élevée, consultez immédiatement.
L’importance du dépistage régulier
La tension artérielle ne se « ressent » pas ; ce qui explique qu’elle soit découverte fortuitement lors d’un examen médical systématique, lors d’une consultation médicale pour un autre motif ou lors de la mesure de la pression artérielle par un pharmacien, un infirmier ou une sage-femme.
Après 40 ans, il est recommandé de faire mesurer sa tension au moins une fois par an.
Quelles sont les complications si l’hypertension n’est pas traitée ?
L’hypertension artérielle non contrôlée endommage progressivement vos organes vitaux. Les conséquences peuvent être dramatiques.
Les risques cardiovasculaires
Lorsqu’elle n’est pas contrôlée, l’HTA augmente le travail du cœur qui s’épuise (insuffisance cardiaque) et constitue un important facteur de risque cardiovasculaire impliqué dans la survenue d’infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, d’artériopathie des membres inférieurs.
Impact sur le cerveau
Elle est le premier facteur de risque de l’accident vasculaire cérébral (AVC) et est responsable de 51% des AVC dans le monde. Elle favorise aussi la survenue des maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer.
Atteinte des autres organes
L’hypertension affecte également :
- Les reins : risque d’insuffisance rénale progressive
- Les yeux : possibilité de rétinopathie et de troubles visuels graves
- Les artères des jambes : artériopathie des membres inférieurs
- L’aorte : risque d’anévrisme
D’après l’OMS, chaque année dans le monde, près de 8 millions de décès sont attribuables à l’hypertension artérielle.
Quels sont les facteurs de risque et les causes ?
Dans la grande majorité des cas, il est difficile de trouver une cause précise à une hypertension artérielle. L’HTA est dite « essentielle ». Cependant, plusieurs facteurs augmentent le risque.
Les facteurs non modifiables
- L’âge : principal facteur de risque d’HTA. Avec le vieillissement, la paroi des artères devient moins souple
- L’hérédité : Le risque d’être hypertendu est plus élevé si des membres de la famille ont eu ou ont une hypertension artérielle
- L’origine ethnique : certaines populations sont plus à risque
Les facteurs modifiables
- Le surpoids et l’obésité
- L’alimentation : Une alimentation trop riche en sel favorise l’HTA
- La sédentarité
- La consommation excessive d’alcool
- Le tabagisme
- Le stress chronique
- Le manque de sommeil ou l’apnée du sommeil
Bonne nouvelle : en agissant sur ces facteurs modifiables, vous pouvez considérablement réduire votre risque ou mieux contrôler votre tension.
Comment diagnostiquer l’hypertension artérielle ?
Le diagnostic de l’hypertension nécessite plusieurs mesures réalisées dans de bonnes conditions.
La mesure au cabinet médical
Le diagnostic d’HTA est confirmé par le médecin traitant grâce à de nouvelles prises lors de consultations rapprochées (3 consultations en 3 à 6 mois).
L’automesure tensionnelle à domicile
L’automesure tensionnelle a un rôle important dans le diagnostic de l’HTA puis dans son suivi. Elle est effectuée par la personne elle-même, à son domicile et donc dans son environnement habituel, grâce à un tensiomètre avec brassard.
L’automesure permet également d’éviter le syndrome de la « blouse blanche », où la tension s’élève uniquement en présence d’un professionnel de santé.
La mesure ambulatoire (MAPA – Holter tensionnel)
L’appareil, porté en continu, enregistre une mesure de la tension artérielle toutes les 15 minutes le jour et toutes les 30 minutes pendant le sommeil. Cette méthode permet une évaluation très précise de votre tension sur 24 heures.
Quels sont les traitements disponibles ?
Le traitement de l’hypertension repose sur deux piliers complémentaires : les modifications du mode de vie et, si nécessaire, les médicaments.
Les mesures hygiéno-diététiques (premier traitement)
La première arme contre l’hypertension artérielle n’est pas médicamenteuse. Dans un premier temps, modification des habitudes alimentaires (moins de sel, plus de fruits et légumes frais, moins d’alcool) et augmentation de l’activité physique sont recommandées.
Réduire le sel :
- Objectif : moins de 6 grammes de sel par jour
- Éviter les plats préparés riches en sel caché
- Ne pas resaler à table
Adopter une alimentation équilibrée :
- Privilégier fruits et légumes (au moins 5 par jour)
- Réduire les graisses saturées
- Consommer des poissons gras (oméga-3)
Pratiquer une activité physique régulière :
- Au moins 30 minutes d’activité modérée, 5 fois par semaine
- Marche, natation, vélo, jardinage
Maintenir un poids santé
Limiter l’alcool (maximum 2 verres par jour pour les hommes, 1 pour les femmes)
Arrêter le tabac
Gérer le stress (relaxation, yoga, méditation)
Les traitements médicamenteux
Si les modifications de l’hygiène de vie ne suffisent pas à produire une baisse conséquente de la tension artérielle, des médicaments antihypertenseurs sont prescrits. Lorsque le traitement médicamenteux est mis en route, les modifications du mode de vie restent indispensables.
Il existe plusieurs familles de médicaments antihypertenseurs :
- Les diurétiques thiazidiques : La meilleure option de départ selon les études. Ils sont plus efficaces que les autres antihypertenseurs en prévention des incidents cardiovasculaires et entraînent moins d’arrêts de traitement dus aux effets indésirables
- Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) : dilatent les artères
- Les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine (ARA2 ou « sartans ») : action similaire aux IEC
- Les inhibiteurs calciques : relaxent les vaisseaux sanguins
- Les bêta-bloquants : ralentissent le rythme cardiaque (moins utilisés en première intention)
L’importance de l’observance
La personne doit s’astreindre à prendre les médicaments prescrits régulièrement sur une très longue période de vie, voire à vie. En cas d’arrêt du traitement, la tension artérielle remonte rapidement.
Conseil pratique : prenez votre traitement à heure fixe, associé à un geste quotidien (petit-déjeuner, brossage de dents) pour ne pas oublier.
La prévention : les gestes qui protègent
L’adoption de comportements favorables à la santé notamment une alimentation équilibrée riche en fruits et légumes, une consommation limitée de sel et d’alcool, la pratique d’une activité physique régulière, le contrôle de son poids permettent de limiter la hausse de la pression artérielle et le risque d’HTA.
Surveillance régulière
Une mesure régulière de la pression artérielle (au moins une fois par an) est une mesure préventive importante pour permettre un dépistage précoce de la maladie.
Investir dans un tensiomètre
L’automesure à domicile est un excellent outil de surveillance. Choisissez un appareil validé par les autorités de santé, avec brassard au bras (plus fiable que les appareils au poignet).
Agir tôt pour gagner des années de vie
Un traitement adapté et bien suivi peut réduire considérablement les risques de complications. Contrôler son hypertension permet de gagner des années de vie en bonne santé.
Quelle prise en charge par l’Assurance Maladie et votre mutuelle ?
La prise en charge de l’hypertension artérielle comporte plusieurs volets : consultations, examens, médicaments.
Remboursement des consultations
La sécurité sociale rembourse le suivi de l’hypertension artérielle à 70%. Cela concerne les consultations des spécialistes, les bilans de santé.
- Médecin généraliste : 70% du tarif de convention (26,50 €), moins 2 € de participation forfaitaire
- Cardiologue : 70% du tarif de convention (47,73 €), moins 2 € de participation forfaitaire
Remboursement des médicaments
Les médicaments antihypertenseurs et hypotenseurs contre la HTA, l’assurance maladie les rembourse à 65% selon leurs classifications par la HAS. C’est le cas des médicaments contre l’hypertension.
Le tensiomètre et la MAPA
Le remboursement du tensiomètre par la sécurité sociale est impossible. Cela résulte de l’absence de cet appareil de la Liste des Produits et Prestations précisés sur Ameli.fr.
Cependant, la sécurité sociale fournit gratuitement des tensiomètres aux médecins qui les prêtent à leurs patients. Renseignez-vous auprès de votre médecin traitant.
La mutuelle assure également le remboursement des mesures ambulatoires de la pression artérielle (MAPA) réalisée avec un brassard (holter) durant 24 heures. L’holter tensionnel (MAPA) n’est pas remboursé par la sécurité sociale même après la prescription du cardiologue.
Le rôle de votre mutuelle santé
Une bonne mutuelle senior complétera la prise en charge de la Sécurité sociale :
- Remboursement du ticket modérateur (30% des consultations)
- Prise en charge partielle ou totale des dépassements d’honoraires
- Remboursement du reste à charge sur les médicaments
- Participation au financement du holter tensionnel
- Parfois, aide pour l’achat d’un tensiomètre
Vivre au quotidien avec l’hypertension
L’hypertension n’est pas une fatalité. Avec un diagnostic précoce, un traitement adapté et un suivi régulier, vous pouvez mener une vie normale et active.
Conseils pratiques du Dr. Petit
Tenez un carnet de suivi : notez vos mesures de tension, vos rendez-vous médicaux, les ajustements de traitement.
Communiquez avec votre médecin : signalez tout effet indésirable, toute difficulté à suivre le traitement. Des solutions existent.
Impliquez votre entourage : l’adoption d’une alimentation moins salée et d’un mode de vie plus actif bénéficie à toute la famille.
Restez actif socialement : l’isolement et la dépression peuvent aggraver l’hypertension. Maintenez vos activités et vos liens sociaux.
Ne baissez pas les bras : il faut parfois plusieurs essais pour trouver le traitement le mieux adapté. La persévérance paie.
Quand consulter en urgence ?
Contactez immédiatement les secours (15) si vous présentez :
- Une tension supérieure à 180/120 mmHg avec maux de tête intenses
- Douleur thoracique intense
- Essoufflement important
- Troubles visuels soudains
- Paralysie ou difficultés à parler
- Confusion mentale
Passez à l’action : votre santé cardiovasculaire mérite le meilleur suivi
L’hypertension artérielle touche des millions de Français, mais elle reste trop souvent méconnue et mal contrôlée. Pourtant, un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée peuvent vous éviter de graves complications cardiovasculaires.
N’attendez pas que les symptômes apparaissent – ils sont souvent absents jusqu’au jour où survient une complication grave. Faites mesurer votre tension régulièrement, surtout après 40 ans ou si vous présentez des facteurs de risque.
Si vous êtes diagnostiqué hypertendu, sachez que vous n’êtes pas seul. Avec l’accompagnement de votre médecin traitant, le soutien de votre mutuelle santé et votre engagement personnel dans les changements de mode de vie, vous pouvez parfaitement contrôler votre tension et préserver votre qualité de vie.
Pour aller plus loin : Discutez avec votre conseiller Santors pour vérifier que votre mutuelle senior couvre bien tous les aspects de la prise en charge de l’hypertension : consultations de spécialistes, examens complémentaires, MAPA, et éventuellement participation à l’achat d’un tensiomètre. Une bonne couverture vous permettra d’assurer un suivi optimal sans vous soucier des dépassements d’honoraires.