L’allopurinol est un médicament largement prescrit en France pour traiter la goutte et l’hyperuricémie. Bien qu’il soit parfois confondu avec d’autres classes thérapeutiques, il s’agit d’un inhibiteur de la xanthine oxydase, et non d’un antihypertensif. Ce traitement de fond permet de prévenir les crises de goutte en réduisant la production d’acide urique dans l’organisme. Pour les seniors qui représentent la majorité des patients traités, comprendre son fonctionnement, ses modalités de prise et ses remboursements est essentiel pour une utilisation optimale.
Dans ce guide complet, nous vous expliquons tout ce que vous devez savoir sur l’allopurinol : ses véritables indications, comment l’utiliser correctement, les effets secondaires à surveiller, les génériques disponibles et les conditions de remboursement par l’Assurance Maladie et votre mutuelle.
Qu’est-ce que l’allopurinol et à quoi sert-il vraiment ?
Précision importante : Contrairement à ce que suggère parfois une confusion courante, l’allopurinol est indiqué dans le traitement des hyperuricémies symptomatiques primitives ou secondaires, le traitement de la goutte, et non comme antihypertenseur. Il appartient à la classe des inhibiteurs de la xanthine oxydase.
Mécanisme d’action
L’allopurinol est un puissant hypo-uricémiant. La prise quotidienne d’allopurinol entraîne une chute maximale de l’uricémie au bout de deux semaines environ. Ce médicament agit en bloquant l’enzyme responsable de la production d’acide urique, réduisant ainsi les dépôts de cristaux d’urate dans les articulations et les reins.
Indications thérapeutiques validées
L’allopurinol est prescrit sur ordonnance dans les situations suivantes :
- Prévention de la goutte : Dans la prévention de la goutte, et non pour soigner une crise de goutte, en général il s’agit d’un traitement à prendre sur une longue durée. Cette molécule ne peut avoir qu’une action préventive
- Hyperuricémie symptomatique : Lorsque le taux d’acide urique est trop élevé et provoque des symptômes
- Lithiase urique : Prévention et traitement des calculs rénaux dus à l’acide urique
- Chimiothérapie : L’allopurinol est également prescrit en prévention lors des chimiothérapies qui entraînent des lyses tumorales massives
- Troubles enzymatiques rares : Comme le syndrome de Lesch-Nyhan
Comment prendre l’allopurinol : posologie et conseils pratiques
Dosages disponibles et génériques
L’allopurinol est disponible en France sous forme de comprimés, principalement en dosages de 100 mg, 200 mg et 300 mg. Les médicaments contenant la substance active Allopurinol incluent ALLOPURINOL ARROW, ALLOPURINOL ARROW LAB, ainsi que les génériques Biogaran, EG, Teva, Sandoz et Viatris.
Posologie standard
2 à 10 mg/kg de poids corporel/jour soit 100 à 200 mg par jour dans les cas légers, 300 à 600 mg par jour dans les cas modérés ou 700 à 900 mg par jour dans les cas sévères. Le traitement par allopurinol doit être instauré à faible dose, par exemple 100 mg/jour, afin de réduire le risque d’effets indésirables.
Recommandations clés pour une prise optimale :
- Les comprimés sont à avaler tels quels avec un grand verre d’eau, après les repas
- Le traitement est progressif : on commence toujours par une faible dose
- Au cas où la posologie quotidienne doit être supérieure à 300 mg et en cas d’intolérance gastro-intestinale manifeste, il peut être opportun de fractionner les doses
- La surveillance régulière de l’uricémie est nécessaire pour ajuster la posologie
Précautions essentielles à connaître
Le déclenchement d’une crise aigüe de goutte peut survenir en début du traitement par l’allopurinol. Afin d’éviter le déclenchement d’une crise aiguë, un médicament anti-inflammatoire approprié ou la colchicine doit être associé au traitement à l’allopurinol pendant au moins un mois.
Ne jamais commencer un traitement par l’allopurinol avant régression complète d’une crise de goutte aiguë, car de nouvelles crises pourraient survenir. Cette règle est fondamentale et doit être respectée scrupuleusement.
Adaptation pour les seniors et insuffisants rénaux
Une prudence particulière s’impose en cas d’altération de la fonction rénale. Du fait de l’excrétion de l’allopurinol et de ses métabolites par le rein, une altération de la fonction rénale peut donc entraîner la rétention de la molécule. La fonction rénale est souvent réduite avec l’avancement en âge, ce qui modifie le mode d’élimination de l’allopurinol par l’organisme. Les aînés ont peut-être besoin de doses plus faibles de ce médicament.
Effets secondaires : ce qu’il faut surveiller
Effets indésirables courants
Les effets secondaires les plus fréquents de l’allopurinol restent généralement bénins :
- Éruptions cutanées : Irritations de la peau (urticaires, éruptions cutanées, etc.), ces effets secondaires apparaissent dans 5 à 10% des cas
- Troubles digestifs : Diarrhée, nausées, vomissements, douleur d’estomac, augmentation des transaminases. Les effets digestifs peuvent être prévenus en prenant les comprimés après les repas
- Vertiges, somnolence
- Maux de tête
Réactions graves nécessitant l’arrêt immédiat
Attention : En cas d’éruption cutanée ou d’apparition de tout autre symptôme lié à une réaction d’hypersensibilité, le traitement par allopurinol doit être immédiatement arrêté.
Le syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse avec éosinophilie et symptômes systémiques (DRESS) est l’un des effets secondaires les plus redoutés de l’allopurinol. Ce syndrome rare mais potentiellement mortel se manifeste par une éruption cutanée sévère, une fièvre, une lymphadénopathie et une atteinte multi-organique.
Beaucoup plus rarement, réactions cutanées parfois graves avec des syndromes d’hypersensibilité comme les syndromes de Lyell, de Stevens-Johnson et DRESS. Il faut savoir que ces effets secondaires surviennent en général dans les 2 mois après l’instauration du traitement.
Qui présente un risque accru ?
Chez certaines populations d’origine asiatique (notamment d’origine chinoise Han, thaïlandaise ou coréenne), on a observé qu’il existe un risque plus élevé de réactions cutanées graves du fait de la présence d’un gène spécifique. Un test génétique peut être proposé avant le début du traitement dans ces populations.
Interactions médicamenteuses à connaître absolument
Associations contre-indiquées ou nécessitant une adaptation
L’allopurinol ne doit pas être prescrit à des patients traités par azathioprine ou 6-mercaptopurine, sauf si la dose de ces médicaments est réduite au quart de la dose précédemment prescrite. L’allopurinol inhibe le métabolisme de ces médicaments, augmentant considérablement leur toxicité hématologique. Cette interaction peut conduire à une myélosuppression sévère, potentiellement fatale.
Autres interactions importantes
- Anticoagulants : Dans de rares cas, une augmentation de l’effet de la warfarine et d’autres anticoagulants coumariniques a été rapportée en cas d’administration concomitante d’allopurinol. Les patients traités par anticoagulants doivent en conséquence faire l’objet d’une surveillance particulière
- Antibiotiques : Il existe un risque accru de réactions cutanées chez les patients traités par l’ampicilline ou l’amoxicilline. Il est cependant recommandé d’utiliser une alternative au traitement par l’ampicilline ou l’amoxicilline, lorsque cela est possible
- Diurétiques thiazidiques : Augmentation du risque d’hypersensibilité
- Hydroxyde d’aluminium : La prise concomitante d’hydroxyde d’aluminium peut diminuer l’effet de l’allopurinol. La prise de ces deux médicaments doit être espacée d’au moins 3 heures
Il est indispensable de signaler à votre médecin et pharmacien tous les médicaments que vous prenez, y compris ceux sans ordonnance.
Remboursement : ce que prend en charge la Sécurité sociale et votre mutuelle
Taux de remboursement de l’Assurance Maladie
Le médicament ALLOPURINOL BIOGARAN 100 mg, comprimé (vignette blanche) est remboursé à hauteur de 65% par la Sécurité sociale s’il a été prescrit par un médecin. Ce taux s’applique à tous les génériques et spécialités d’allopurinol disponibles en France.
Prix et reste à charge
Le prix d’une boîte d’allopurinol varie selon le dosage :
- ALLOPURINOL 100 mg (28 comprimés) : environ 2,19 € à 2,69 €
- ALLOPURINOL 200 mg : environ 2,69 €
- ALLOPURINOL 300 mg : prix similaire
La prise en charge de vos médicaments par la Sécurité sociale est amputée par une franchise médicale. À compter du 31 mars 2024, cette franchise est doublée et passe à 1 € par boîte. Cette franchise n’est pas remboursée par les mutuelles responsables.
Prise en charge par la mutuelle
Une mutuelle santé responsable (95% des contrats sur le marché aujourd’hui) est tenue de prendre en charge ce médicament à hauteur d’au moins 100% du tarif de base. Cela signifie que votre complémentaire santé rembourse les 35% restants non pris en charge par l’Assurance Maladie.
Exemple de remboursement pour une boîte à 2,69 € :
- Prix du médicament : 2,69 €
- Remboursement Sécurité sociale (65%) : 1,75 €
- Remboursement mutuelle (35%) : 0,94 €
- Franchise médicale : 1,00 € (non remboursée)
- Reste à votre charge : 1,00 €
Ordonnance obligatoire
Le médicament ALLOPURINOL BIOGARAN 100 mg, comprimé est un médicament à prescription obligatoire : il ne peut donc pas être obtenu sans ordonnance. Votre médecin traitant ou rhumatologue doit établir une prescription pour bénéficier du remboursement.
L’allopurinol dans le traitement au long cours de la goutte
Un traitement de fond, pas une solution d’urgence
Il s’agit d’un traitement à prendre sur une longue durée. C’est dangereux, car cela provoque un risque pour la santé du patient (crise de goutte, complications rénales) si l’on arrête prématurément.
En cas d’arrêt du traitement, l’uricémie remonte à sa valeur antérieure au bout de 7 à 10 jours, d’où la nécessité de poursuivre le traitement sans interruption.
Objectif thérapeutique
La posologie doit être ajustée à l’uricémie cible (<360 µmol/l ou 60 mg/l) selon l'âge, l'état rénal et la tolérance. Des prises de sang régulières permettent de vérifier que le traitement atteint son objectif.
Durée du traitement
La prise d’allopurinol dans la prévention de la goutte est en général un traitement à vie. Cependant, seul votre médecin peut décider de la durée adaptée à votre situation.
Alternatives et compléments au traitement
Autres médicaments hypo-uricémiants
Les agents uricosuriques (probénécide, benzbromarone), sont des alternatives en cas d’échec ou d’intolérance à l’allopurinol. Le fébuxostat est un autre inhibiteur de la xanthine oxydase plus récent, parfois mieux toléré en cas d’insuffisance rénale modérée.
Mesures hygiéno-diététiques associées
L’allopurinol doit être accompagné de modifications du mode de vie :
- Réduction des aliments riches en purines (viandes rouges, abats, fruits de mer)
- Limitation de la consommation d’alcool, en particulier la bière
- Hydratation abondante (au moins 2 litres d’eau par jour)
- Maintien d’un poids santé
- Activité physique régulière adaptée
Conservez votre traitement correctement et optimisez son efficacité
Conditions de conservation
L’allopurinol ne nécessite pas de précautions particulières de conservation. Conservez-le simplement à température ambiante, à l’abri de l’humidité et de la lumière, hors de portée des enfants.
Que faire en cas d’oubli ?
Si vous oubliez une dose, prenez le médicament dès que vous constatez l’omission et reprenez la suite du traitement aussitôt que possible. S’il est presque temps de votre prochaine dose, ne vous souciez pas de la dose omise et reprenez le schéma posologique usuel. Ne doublez jamais la dose pour compenser.
Surveillance médicale régulière
Un suivi médical est indispensable :
- Contrôle de l’uricémie tous les 2-3 mois au début, puis semestriellement
- Surveillance de la fonction rénale et hépatique
- Numération formule sanguine en cas de traitements associés
- Consultation immédiate en cas d’éruption cutanée ou de fièvre
Votre protection santé mérite les meilleures garanties
L’allopurinol est un médicament efficace et bien remboursé, mais le reste à charge et les éventuelles consultations spécialisées peuvent représenter un coût pour les seniors. Une bonne mutuelle santé prend en charge le ticket modérateur et vous évite d’avancer les frais en pharmacie grâce au tiers payant.
Points clés à retenir sur l’allopurinol :
- C’est un traitement préventif de la goutte, pas un antihypertensif
- Remboursé à 65% par l’Assurance Maladie sur ordonnance
- De nombreux génériques sont disponibles à prix accessibles
- La surveillance des effets secondaires cutanés est essentielle
- Les interactions médicamenteuses doivent être vérifiées systématiquement
- C’est un traitement au long cours qui nécessite un suivi régulier
Avant de commencer ou modifier votre traitement par allopurinol, consultez toujours votre médecin. Lui seul peut évaluer votre situation individuelle et adapter la posologie à vos besoins spécifiques. Une mutuelle santé adaptée vous permet de gérer sereinement vos dépenses de santé et de bénéficier d’un accompagnement optimal dans la gestion de votre goutte.